Séminaire transdisciplinaire sur l'Épistémologie

Publié le 5 avril 2024 Mis à jour le 31 mai 2024
Date(s)

du 20 octobre 2023 au 21 décembre 2024

Lieu(x)

Campus Carlone

Séminaire transdisciplinaire sur l’épistémologie et la production d’un discours sur l’articulation entre recherche et création dans la littérature et les arts vivants

Les travaux des membres du CTELA (Centre Transdisciplinaire d’Épistémologie de la Littérature et des Arts vivants) favorisent la transversalité et le décloisonnement des disciplines qu’il cultive singulièrement et met en dialogue. La notion d’épistémologie, qui fait l’objet d’un séminaire régulier depuis la rentrée 2023, en est le fil rouge. Elle est envisagée sous l’angle tant du discours sur la connaissance que de la science en action, du processus artistique. Une attention particulière est portée à la relation entre théories et pratiques et par conséquent à l’articulation entre recherche et création. Les enseignants chercheurs et doctorants de l’unité de recherche travaillant sur les théories et les pratiques de la littérature et des arts vivants, ce séminaire vise à trouver un équilibre entre la praxis de la recherche/création et son épistémè et à renforcer un socle théorique fédérateur autour de la notion d’épistémologie. Aussi, des séances sont ouvertes à d’autres disciplines que celles représentées au CTELA (philosophie, esthétique et théorie de l'art, histoire, épistémologie, géographie, etc.) et d’autres séances portent sur l’épistémologie de la créativité et des savoirs en art et sur l’art afin d’explorer un périmètre et des méthodes qui cheminent entre science, pratique et savoirs littéraires et artistiques.

PROGRAMME DU SEMINAIRE POUR LANNEE 2023-2024

Vendredi 20 octobre 2023, 11h-12h30, salle H202: Adeline Chevrier-BOsseau, Sorbonne Université, IUF : La traduction chorégraphique d'oeuvres littéraires. A Streetcar Named Desire, par John Neumeier

Adeline Chevrier-Bosseau est maître de conférences en littérature (poésie) américaine et études en danse à Sorbonne Université et membre junior de l’IUF. Elle est l’auteur de Emily Dickinson du côté de Shakespeare, modalités théâtrales du lyrisme (PUBP, 2020), et a dirigé le numéro spécial de la revue Cahiers Élisabéthains sur Shakespeare et la danse. Dans le cadre de son travail en recherche-création, sa première création, “Instincts for Dance, A Choreographic Translation of Emily Dickinson’s Poetry”, a été présentée à Séville en juillet 2022. Elle est également formatrice en culture chorégraphique au sein de la formation SANOS danseur- interprète https://sanos-danse.com

Abstract : Dans cette communication, je présenterai quelques-uns des enjeux de la traduction chorégraphique d’œuvres littéraires, en prenant notamment pour exemple le ballet de John Neumeier créé à partir de la pièce de Tennessee Williams, A Streetcar Named Desire. Mes recherches actuelles s’intéressent à la manière dont on peut chorégraphier le silence, l’indicible, des affects que l’on peut transcrire par les blancs, les silences du texte, le détour par la métaphore et de nombreux autres tropes littéraires, mais dont l’incarnation sur scène pose souvent des problèmes de lisibilité pour le public. Je m’intéresse à ces questions d’une part via mon projet de recherche-création en cours sur la poésie d’Emily Dickinson, et d’autre part via une recherche plus large à travers le répertoire qui questionne la manière de chorégraphier le trauma, la violence, notamment la violence sexuelle sur la scène du ballet classique. J’examinerai donc ce qui est en jeu dans le ballet de Neumeier en replaçant ce dernier dans le contexte du ballet blanc, afin de voir comment le chorégraphe reprend ce trope du ballet classique et articule par là même ces questions du dicible/indicible, explicite/implicite, puis je m’intéresserai à la violence chorégraphique d’une perspective intermédiale, en effectuant des retours vers le texte de Williams, le film d’Elia Kazan et d’autres mises en scène de la pièce (notamment celle du Young Vic à Londres).

Vendredi 20 octobre 2023, 11h-12h30 : Tom Allen (Institut KWI pour les sciences humaines avancées), Essen : Anges, invités et sadiques : La poésie sur écran dans le cinéma de Pier Paolo Pasolini

D’Octobre 2023 à Mars 2024 Tom Allen sera chercheur international à l'Institut KWI pour les sciences humaines avancées à Essen. Il a précédemment enseigné à Paris 3, Paris Nanterre, Paris Cité, the American University of Paris et the University of Sussex. Il a récemment publié des ouvrages sur la poésie anglophone contemporaine, le cinéma européen et la sociologie et la poétique de l'incarcération de masse aux États-Unis. Il travaille actuellement à sa première monographie intitulée Care for Trapped Things : Literature and the Critique of Insurance. Sa poésie, ses traductions et ses essais critiques ont été publiés plus récemment par Earthbound press (Londres), The Los Angeles Review of Books et plusieurs d'autres magazines.

Abstract : Cette présentation examine la manière dont la poésie apparaît dans le cinéma de Pasolini. Il soutient que la manière dont Pasolini filme la poésie permet de comprendre sa théorie d'une affinité entre la poésie et le cinéma, ainsi que des jugements plus généraux sur la réalité sociale. La présentation commence par une analyse de la séquence finale de Salò, où je soutiens que la poésie d'Ezra Pound sert de bande sonore au spectacle de torture auquel se livrent les libertins du film. Ensuite, j'examine le texte de Pasolini de 1965 "Le cinéma de la poésie" et j'utilise ce texte pour lire le rôle joué par un exemplaire des poèmes rassemblés de Rimbaud dans Teorema. J’axe ensuite mon analyse sur la relation entre la récitation orale et le texte dans Il decameron et Il fiore della mille e una notte. Ce faisant, je soutiens que l'on peut observer un changement dans ces films par lequel la poésie et l'oralité passent du statut de moment fondateur d'une communauté réciproque à celui de véhicule d'un destin ambigu et violent. L'article finit avec une analyse de la présence ostensible de la lecture et de l'écriture dans Salò avant de se terminer par l'examen d'une scène vers la fin de Salò dans laquelle Pasolini semble investir une récitation de l'Évangile d'une force perturbatrice qui fait par ailleurs défaut dans son dernier film.

Jeudi 14 Décembre 2023, 17h-18h30, salle du conseil : Bruno Trentini, MCF HDR à l’université de Lorraine, philosophie de l’art : Du corps spectatoriel comme point de départ d’une esthétique écologique

Bruno Trentini est MCF HDR à l’université de Lorraine où il enseigne la philosophie de l’art. Ses recherches, menées au laboratoire Écritures, portent sur l’expérience esthétique en mettant l’accent aussi bien sur sa dimension incarnée, physiologique et écologique que sur la manière dont elle est issue d’une construction culturelle historiquement située. Ce travail est mené notamment à travers l’expérience de l’immersion, du sublime et de l’empathie dans l’art contemporain. Son habilitation à diriger des recherches vise notamment à repenser le sujet spectatoriel et l’expérience esthétique au regard des théories de l’évolution non nécessairement sélectionniste. Il est également directeur de publication de la revue Proteus – cahiers des théories de l’art.

Abstract : Depuis sa fondation comme discipline philosophique au XVIIIe siècle, l’esthétique s’est ouverte à de nombreuses approches. Il existe désormais aussi bien de l’esthétique expérimentale et de la neuroesthétique que de l’esthétique queer et de l’esthétique postcoloniale. Rien que dans le champ de l’esthétique philosophique, on peut faire de l’esthétique en s’intéressant aux éventuelles « propriétés esthétiques » des objets (leur délicatesse, leur grâce, leur grossièreté, etc.) comme à l’expérience esthétique des sujets (leurs sensations, leurs sentiments, leurs émotions, leurs jugements, etc.). Ces nombreuses approches épistémiques, si tant est qu’elles participent de la même discipline, ne parviennent pas, malgré tout, à apporter une réponse ferme à la question de savoir si l’esthétique est (encore) apte à dire quelque chose sur les arts.
Partir de cette question permet d’ancrer l’épistémologie de l’esthétique dans le cadre d’une réflexion plus globale sur les arts, notamment ici les arts vivants et la littérature. C’est en remplaçant l’opposition philosophique classique « sujet / objet » par la relation écologique « être vivant / environnement » que cette intervention espère esquisser une piste possible : l’esthétique gagnerait en effet à se défaire davantage de la solennité d’une posture contemplative afin d’introduire une certaine animalité du sujet spectatoriel – certes parfois inhibée. Ainsi, au lieu de partir d’œuvres préalablement organisées en classes d’objets (par médium, style, époque, etc.) et de chercher à dire quelque chose de leur réception, il est tenté de partir de réponses spectatorielles (perte d’équilibre, relation empathique, etc.) et de chercher à proposer des œuvres particulièrement enclines à les susciter. Une telle approche épistémique, en favorisant la transdisciplinarité, permet de mettre en lumière des similarités effectives entre des œuvres qui semblaient de prime abord très différentes.
 

Mardi 16 Janvier 2024, 10-11h30, salle H435 : Yann Calbérac, MCF en géographie, Reims, IUF : Quel régime esthético-scientifique pour questionner les spatialités scéniques ?

Yann Calbérac est géographe, MCF à l’Université de Reims Champagne-Ardenne, membre du Centre de Recherche Interdisciplinaire sur les Modèles Esthétiques et Littéraires (CRIMEL) et membre junior de l’Institut universitaire de France. Ses recherches se situent à l’articulation de la géographie et des arts de la scène et visent à élaborer le concept de spatialités scéniques.

Abstract : Ce séminaire permettra de discuter de la pertinence du concept de régime esthético- scientifique pour interroger symétriquement et en miroir la qualification des savoirs spatiaux produits par les artistes (en particulier issu.e.s des arts de la scène), mais aussi éprouver les savoirs esthétiques produits par les scientifiques (notamment les géographes). L’enjeu est de fonder à un niveau épistémologique la possibilité d’échanges entre arts et sciences. Les exemples seront pris dans une pièce de théâtre, Les Damnés (Ivo van Hove, 2016). 

Mercredi 13 mars 2024, 17h-18h30, salle du conseil : Pierre Sauvanet, Professeur d’esthétique et de philosophie de l’art à Bordeaux Montaigne : Le rythme ou les rythmes, entre théorie et pratique

Abstract : À la fois philosophe et percussionniste, j'ai travaillé et travaille toujours sur la question qui se trouve au cœur d'une théorie et d'une pratique — le rythme. Dans le cadre de cette conférence, je propose de revenir en toute modestie sur la relative originalité de ce parcours, et de montrer en quoi une pratique est à l’origine d’une théorie, et non l’inverse. Mais de quel rythme parle-t-on au juste ? Même s’il peut apparaître d’abord comme musical, ce serait pourtant une erreur de croire qu’il se limite à ce seul domaine. L’étymologie du grec rhuthmos montre suffisamment qu’il s’agit d’une forme mobile, mouvante, entre espace et temps, plus précisément d’une forme spatiale telle qu’elle trans-formée par et dans le temps. La question s’ouvre alors sur les relations entre les arts : de fait, tous les artistes, sans exception, et dans toutes les langues ou presque, parlent de rythme — quand du moins ils parlent de leur travail. Le musicien, le poète, bien sûr, mais aussi le peintre, le sculpteur, l’architecte, les plasticiens donc, mais encore le chorégraphe, le danseur, le metteur en scène, l’acteur, etc. Or le même mot ne signifie pas nécessairement la même chose, et l’usage commun d’un jeu de langage peut aussi être un piège : le rythme d’un tableau n’est pas le même que le rythme d’une musique, et le rythme d’une musique n’est pas le même que le rythme d’un poème... Qu’y a-t-il donc à la fois de théorique et de pratique, de commun et de distinct dans ce petit mot de rythme ?

Jeudi 18 avril 2024, 17h-19h, Salle du Conseil : Pascal Taranto directeur du Centre Gilles Gaston Granger (UMR7304), Sebastian Hüsch (CGGG) et Jean-Marc Quaranta, institut INCIAM, Institut Créativité et Innovation d’Aix Marseille) : Epistémologie des processus créatifs et de création

Sebastian Hüsch (Centre Gilles Gaston Granger (UMR7304) fera une présentation d'une illustration concrète de la littérature comme démarche philosophique et issue de considérations épistémologique dans une comparaison des méthodes de M. Heidegger et de R. Musil. 

Dans ma présentation j’illustrerai, dans une comparaison de la méthode employée par Martin Heidegger et Robert Musil respectivement pour développer le concept d’un être soi-même propre, comment le recours à la littérature peut répondre à des enjeux épistémologiques. En effet, le choix musilien de la forme littéraire peut être compris comme issu d’une réflexion philosophique de méthode. La confrontation avec la démarche heideggérienne permet de démontrer la pertinence de ce choix méthodologique. Ainsi, la forme littéraire permet à Musil de recourir à une ironie épistémologiquement indispensable là où la philosophie heideggérienne à tendance à basculer dans un décisionnisme philosophiquement problématique.

Christophe Salvat (CNRS, Centre Gilles Gaston Granger, UMR7304) fera une présentation sur un programme interdisciplinaire autour de la fiction en philosophie actuellement en cours de développement. Ce projet a pour ambition de réunir des philosophes, des littéraires et des psychologues pour réfléchir à la spécificité du support narratif dans le raisonnement philosophique, et notamment à la notion d’histoire ou de récit.

Jean-Marc Quarantainstitut INCIAM, Institut Créativité et Innovation d’Aix Marseille) :  Epistémologie des processus créatifs et de création

Comprendre les processus de création, en particulier de création littéraire étudiés par la génétique des textes, suppose de transcrire et d'analyser les brouillons d'écrivains. Le projet Créa@LAME (en phase 2 de soumission à l'ANR) se situe à la croisée de la psychologie de la créativité, de la génétique des textes, de la psycholinguistique et de l'IA génératrice de textes. Il porte sur la transcription dynamique et l'analyse des brouillons d'écrivains et son usage dans la médiation littéraire, l'analyse des processus de création littéraire et leur enseignement. Il s'appuie sur le logiciel en ligne E-Schnappi développé grâce à l'InCIAM et au programme AMPIRIC
Un exemple de transcription dynamique de l'incipit d'A la recherche du temps perdu et des éléments d'analyse du processus d'écriture et de textualisation et de leur potentiels usages en IA servira de support à cette présentation.

Jeudi 23 mai 2024 : REPORTÉ À L'AUTOMNE : Sandrine Parageau, Sorbonne Université, HDEA4086 : « Perspectives historiques sur l’agnotologie : Descartes, Casaubon et la production délibérée de l’ignorance »

Sandrine Parageau est Professeur de civilisation britannique des XVIIe et XVIIIe siècles à Sorbonne Université. Elle vient de publier The Paradoxes of Ignorance in Early Modern England and France (Stanford University Press, 2023). Elle nous parlera d'agnotologie dans une perspective historique.

Abstract : Cette communication s’attachera dans un premier temps à définir l’agnotologie et ses champs d’application, depuis la publication de l’ouvrage fondateur de Robert Proctor et Londa Schiebinger, Agnotology. The Making and Unmaking of Ignorance (Stanford UP) en 2008, jusqu’aux travaux très récents qui s’en inspirent, sur l’industrie du tabac ou sur le climato-scepticisme, par exemple. On montrera ensuite que cette idée d’une production délibérée de l’ignorance, dans le but de manipuler des individus afin d’en tirer des bénéfices politiques, économiques ou intellectuels, n’est pas nouvelle. Cette communication visera en effet à démontrer qu’on peut percevoir une manifestation de l’agnotologie dès le XVIIe siècle au sein d’une polémique qui oppose le théologien Meric Casaubon à René Descartes : dans un texte manuscrit de 1668, Casaubon reproche au philosophe français de plonger délibérément ses lecteurs dans l’ignorance par la méthode du doute radical afin de les rendre vulnérables et d’en faire ses disciples. « He hath them sure » : une fois convaincus de leur ignorance, les lecteurs de Descartes, désespérés, sont à sa merci et ne voient d’autre issue que d’adhérer sans réserve à sa doctrine, un modus operandi partagé par les jésuites et les puritains, selon Casaubon.

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